Séparer, du latin « separare ».
Les définitions du dictionnaire Larousse sont nombreuses: mettre à part, éloigner, faire cesser une union de pensée entre des personnes, former une limite…
Séparer, c’est mettre un terme à une proximité. On peut séparer des objets, des personnes, les lacets de mes chaussures…
Ce terme peut être radical, synonyme de non retour, ou provisoire, offrant une distance, un nouveau souffle.
Séparer quand la relation est trop vive, fusionnelle, conflictuelle. Séparer parce que tu es mort. Séparer quand je voudrais partir en vacances sans Maman, ni Papa, avec cette promesse de revenir à un moment donné.
Dans son livre, Nicole Fabre, psychanalyste et psychothérapeute, aborde différents types de séparation, de manière presque romancée. On est embarqué dans ces histoires de vie avec Gaël, Karine, Frida, Pedro…des enfants qui vivent la séparation.
Car, qui dit Vie, dit séparation. Une des premières que l’on vit tous est le passage du ventre maternel au monde extérieur, dans un glissement de toboggan irrémédiable. Le premier cri pourrait être celui qui signifie « Oui! à la vie ».

Dans ma pratique professionnelle, j’ai observé auprès de publics très différents cette notion de séparation. Si tu t’en vas, existes-tu toujours et est-ce que j’existe encore? Si l’on se sépare jusqu’au prochain rendez-vous, est-ce sûr qu’il y en aura un autre? Ne vaut-il pas mieux se coller? Ou au contraire, ne jamais s’accrocher, ne rien attendre de l’autre car c’est trop dangereux?

La clinique auprès des personnes âgées et des personnes handicapées m’a appris l’humilité. Beaucoup de personnes sont en souffrance suite à des blessures d’amour : un manque, une déchirure, une rupture mal digérée, un sentiment d’abandon, ou un trop plein, de l’amour vivace, qui vient nourrir, gaver, alors qu’on est rassasié.

Se séparer, c’est revenir à soi, à l’individu que l’on est, hors du groupe, hors de la relation. Cela peut donc être douloureux, et perçu comme dangereux. Cela m’amène d’autres questions : peut-on se séparer de soi-même (La dépression n’est-elle pas une forme d’abandon de ou à soi-même)? Peut-on se perdre dans l’autre? Qu’est-ce qui est risqué?

Et cette séparation, qui advient à un moment, comment est-elle accueillie? Est-elle assimilée, voire acceptée? Les enfants, comme les adultes mettent en place des stratégies pour faire avec cette séparation.

« Maëlle étonne ses parents. (…) Pour lui faire plaisir, on lui propose, au prochain anniversaire, de faire une fête avec ses meilleures amies, ses meilleurs copains. Maëlle refuse, et maintient son refus. (…) Je me dis maintenant que le refus obstiné de Maëlle a quelque chose à voir avec la crainte de « l’après-fête ». Elle se méfie de la tristesse de ce moment qui viendra sûrement, celui de la fin de la fête et de la séparation. Du reste, n’avons-nous pas tous un jour ou l’autre vécu la tristesse des lendemains de fête- lorsque, dans le petit matin gris et rose, on n’arrive pas à se séparer? »

« Il faut du temps pour quitter les autres, du temps pour s’éloigner des lieux où une expérience vive a été vécue, du temps pour rétablir la distance avec cette part de nous-mêmes en qui se sont éveillées, ont été vécues des émotions intenses. »

Fabre, N. (2016). J’aime pas me séparer (p31-33). Paris: Editions In Press.

Site de l’Editions In Press