Adélaïde Russell est psychologue diplômée de l’EPP en 1997.

En 1999, elle fait le choix de suivre son conjoint qui est expatrié pour son travail. En famille, ils feront pendant 18 ans plusieurs pays : l’Ecosse, le Venezuela, la Malaisie et les Etats-Unis.

Pendant ces années d’expatriation, Adélaïde s’est autorisée à travailler, pour développer ses compétences et donner ses services aux familles en tant que psychologue sur le sujet de l’expatriation. En effet, suite à son expérience personnelle : 3 enfants, déménagement tous les 2/3 ans, expérience parfois lourde, elle a compris très vite l’importance d’accompagner les familles.

Adélaïde est actuellement Life Coach (elle n’a pas le droit d’utiliser le titre français) et reçoit dans son cabinet et en vidéo consultation des patients francophones. Dans son parcours, elle est également passée par différents statuts comme bénévole et auto-entrepreneur. Elle travaille avec la société Eutelmed qui propose des suivis par vidéo consultation ; leur système numérique assure une ultra confidentialité. Certaines assurances prennent en compte les consultations en lien avec les entreprises pour les salariés expatriés et leur famille.

Qu’est-ce que l’expatriation ?

Il s’agit d’un départ suite à l’envoi d’un salarié par une société pour prendre un emploi à l’étranger, d’un fonctionnaire pour une administration ou encore du départ d’une personne d’elle-même pour monter sa propre entreprise.

Concernant l’expatriation familiale, cela bouleverse toute une famille, tout le projet de vie, qu’il faut souhaiter pour le meilleur avec parfois des écueils car le groupe familial va devoir s’adapter totalement à un nouveau mode de vie.

On part bien en expatriation quand on a bien quitté. Quitter, abandonner, laisser, doit se vivre et être accompagné. Afin de permettre la possibilité de s’ouvrir à la découverte avec plus d’assurance malgré le bouleversement identitaire qui va se jouer.

Les services des ressources humaines n’ont en général pas envie de rentrer dans l’intimité des familles, or l’expatriation entre dans l’intime car ce changement de vie touche tout le groupe familial. Adélaïde note que de plus en plus d’entreprises prennent leurs responsabilités et assurent des préparations, des accompagnements pour les départs ainsi que des suivis sur place.

Lors de ce mouvement vers un autre pays, l’entité familiale va prendre une place particulière. On se déracine et on se retrouve seul avec la famille nucléaire. Cela aura un impact très important sur les interactions familiales et sur la construction de la famille. Par ailleurs, le conjoint suiveur est en totale rupture professionnelle et Adélaïde insiste sur la nécessité pour ce conjoint de prendre soin de lui car il devient un pilier pour la famille. C’est effectivement celui qui reste parfois à la maison.

Quelles sont les problématiques spécifiques de l’expatriation ?

La façon dont on s’est préparé au départ impacte la façon de vivre la période de transition et d’expatriation.

L’expatriation concerne différents profils et étapes de vie. Par exemple, certains jeunes adultes partent seul afin de développer leur carrière. D’autres partent en famille, et parfois des familles monoparentales. Certains couples partent travailler ou prendre leur retraite à l’étranger en laissant leurs enfants jeunes adultes au pays.

Adélaïde a noté différentes problématiques qui se développent avec l’expatriation : l’émergence d’anxiété ou d’affects dépressifs, un sentiment de solitude exacerbé surtout au début du séjour, des problèmes d’addiction (alcool, écran, travail ou sexe), le stress qui peut être très important du fait d’une pression à réussir professionnellement et aussi un sentiment de culpabilité vis-à-vis de la famille -et parfois par rapport aux parents vieillissants- restés dans le pays d’origine. Enfin, certaines étapes de vie comme par exemple le milieu de la vie peuvent être traversées plus intensément avec des questionnements existentiels profonds.

Dans une fratrie, l’expérience est vécue différemment, certains enfants vont adorer et d’autres bien moins supporter cette période de changement de cadre. Dans ce cas, un accompagnement aide l’enfant à dépasser ses difficultés d’adaptation.

Adélaïde note également des conditions plus dramatiques lors de la séparation des couples pendant cette période d’expatriation qui a un impact sur les enfants car l’un des conjoints peut repartir en France quand le conflit est trop important. Il arrive également que lorsqu’une négociation est possible dans le couple parental, les deux parents restent dans le pays actuel.

Quels sont les aspects positifs de l’expatriation ?      

C’est avant tout un voyage de développement personnel : cela ouvre l’esprit, pousse les limites de l’adaptation. C’est une aventure exigeante car cela nécessite de travailler sur soi pour se sentir bien, pour ne pas se sentir menacé par la différence de culture et s’y ouvrir.

Cela apporte également l’opportunité de pratiquer une/voire plusieurs langues ; sortir des sentiers battus ; se pousser à faire des choses qu’on n’aurait pas fait dans un contexte plus sédentaire. C’est l’ouverture du voyage, vers l’extérieur. Quand on a cette réceptivité à l’autre c’est magnifique !  L’identité culturelle et la créativité de la famille se développe. Par ailleurs, c’est souvent accompagné d’un enrichissement financier : les entreprises proposent des compensations financières ce qui peut être vu comme une considération importante. Ces contrats d’expatriés ont diminué depuis quelques années avec l’engouement des familles à partir vivre à l’étranger qui acceptent plus facilement un contrat en local.

Bien sûr, on développe aussi des liens amicaux internationaux, et la possibilité d’avoir des connexions amicales et pieds à terre partout dans le monde !

Marion Dionnet. Le dessin voyageur

Dans le monde expatrié, il y a beaucoup de couples bi nationaux. On parle de familles « global nomad » qui changent de pays tous les 2/3 ans. Les enfants expatriés sont appelés ainsi les enfants de la 3ème culture « third culture kids » car ils ne vivent pas dans le pays d’origine de leurs parents, ni dans celui dans lequel ils sont nés et leur quotidien est fait de changement en permanence et de plusieurs langues. Ils créent leur propre 3ème culture et sont scolarisés dans des écoles internationales.

Ce sont ainsi des citoyens du Monde, des enfants ouverts sur le monde et donc moins dans la peur de l’autre. Ils développent en eux de manière non exclusive plusieurs identités culturelles !

Le mot de la fin :

La réalité quotidienne peut être parfois difficile et un travail de reconnaissance des souffrances authentiques que des personnes expatriées peuvent ressentir dans un cadre de vie idyllique (réussite matérielle) est nécessaire car cela n’a aucun lien ! Dans son travail d’accompagnement avec les enfants et les adultes, Adélaïde aide la personne à se recentrer sur elle (insight, ressources) pour utiliser l’expatriation dans la voie qui est la plus intéressante pour son propre potentiel et cheminement; en gardant à l’esprit cette belle opportunité de croissance personnelle et professionnelle.

 

Où trouver des Infos/des articles à lire concernant l’expatriation :      

*Pour contacter Adélaïde Russell : http://www.expatfamille.com/

*Réseau d’écoute et de soin par vidéo consultation : http://www.eutelmed.com/

*La société ExpatCommunication, éditeur du web-magazine Femmexpat, propose des journées de préparation à l’expatriation sur Paris. http://www.femmexpat.com/

*Sur facebook : le groupe Expats Parents créé et animé par une psychologue Catherine Martel : https://www.facebook.com/groups/expatsparents/

Le groupe Psy Sans Frontière pour psychologues pratiquant à l’étranger, créé et animé par une psychologue Adélaïde Lefevre.

*Article sur la santé mentale :

http://expatforever.blogspot.fr/2013/06/sante-mentale-en-expatriation-Adelaide-Russell.html

*Etre psychologue et travailler en Europe :

https://expatvalue-leblog.com/2017/01/27/etre-psychologue-et-vivre-en-europe/

*Magdalena Zilveti Chaland, Réussir sa vie d’expat’, Eyrolles, 2015. Préface de Serge Tisseron.

*Adélaïde Russell et Gaëlle Goutain ont écrit :

L’enfant expatrié, accompagner son enfant à travers les changements liés à l’expatriationL’Harmattan, Février 2009.

Conjoint expatrié, Réussissez votre séjour à l’étranger, L’Harmattan, Mars 2011.