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J’ai choisi la pratique intégrative car nous ne sommes pas en guerre

irismarceauIris Marceau est psychologue clinicienne et travaille en EHPAD. Elle a écrit un article qui fait bien écho aux valeurs de Psycogitatio.fr. Nous le retranscrivons donc ici :

« Je suis une psychologue clinicienne diplômée d’État depuis maintenant presque 2 ans. Durant mon cursus je suis passée par différentes universités et par conséquent, différentes approches théorique. Cette volonté de diversité étant le fruit de ma propre volonté, car je suis une praticienne intégrative.

Mais qu’est-ce que la pratique intégrative? Pour beaucoup de mes pairs et autres collègues, affirmer être intégratif revient à annoncer que l’on est bisexuel. Une sorte de coming out professionnel, mais un peu raté… On nous explique que l’on ne sait pas trop ce que l’on croit, ou quelle orientation théorique choisir… Laissez moi vous expliquer à quel point c’est faux.

Pour ceux qui partagent ma vision de notre profession, combien auront entendu ces phrases? :

– « Mais t’es quand même plus analyse que TCC? » (ou vice versa)

– « Non mais tu te rends compte que le comportementalisme, c’est ni plus ni moins que du conditionnement de l’être humain?!!! »

– « Non mais faut arrêter de déconner là, franchement, le Père, la Mère, le caca etc… C’est dépassé faut évoluer… »

Il semble ici évident que quelque chose dysfonctionne, que ce soit au niveau de la représentation de l’intégration théorique au sein d’une même pratique, mais également au niveau de notre unicité professionnelle. Alors je vais tout d’abord commencer par définir et expliquer clairement ce que signifie la pratique professionnelle intégrative et ce qu’elle représente pour quelqu’un qui la pratique.

« La Psychothérapie Intégrative […] est une psychothérapie unifiante qui répond de façon appropriée et effective à la personne sur les niveaux de fonctionnement affectif, comportemental, cognitif et physiologique […] La Psychothérapie Intégrative se rapporte également au rassemblement des systèmes affectifs, cognitifs, comportementaux, et physiologiques chez une personne, avec une conscience des aspects sociaux et transpersonnels des systèmes dans l’entourage de la personne. Ces concepts sont utilisés dans une perspective de développement humain dans lequel chaque phase de la vie présente des taches développementales spécifiques, des sensibilités aux besoins, des crises et des opportunités pour de nouveaux apprentissages. « (Qu’est-ce que la psychothérapie intégrative; http://www.integrativetherapy.com/fr/integrative-psychotherapy.php)

Voilà donc une petite définition, somme toute simple mais au moins compréhensible, ce qui est mon but premier ici. On remarque que différents modes d’interprétation et aspects individuels sont pris en compte pour effectuer une prise en charge dans sa globalité mais également au plus près des besoins du patient. Ce point est fondamental car il fait référence à une particularité de notre pratique, à savoir que son évolution a constitué et constitue encore un élément primordial de sa survie.

Depuis l’origine Freudienne jusqu’à aujourd’hui, des centaines d’auteur(e)s ont élaboré des outils, des ateliers, des théories pour appréhender au mieux les souffrances dites « générationnelles », car c’est un fait l’être humain est changeant au fil du temps et des générations. Et il semble plus qu’évident, que l’esprit humain est trop complexe pour n’être apprécié, compris et pris en charge que par une seule voie, une seule orientation théorique.

Certes, des praticiens actuels adeptes des orientations modernes n’aurait pu aider ou prendre en charge les grandes hystériques Freudiennes, néanmoins Sigmund lui même n’auraient probablement pas pu dire grand chose sur les addictions aux jeux vidéos, ou encore sur les traumas professionnels (pas taper, j’aime bien Freud moi hein).

Alors non, voir l’intérêt analytique ne revient pas à se mettre la tête dans le sable et refuser d’avancer, n’oublions tout de même pas les origines de notre profession et les bases de l’analyse qui, malgré ce que certains peuvent en dire, font encore leur preuves en entretien. Mais également, apprécier les nouvelles méthodes de prises en charge comportementalistes ou neuropsychologiques etc…, permet de proposer des prises en charges parfois plus adaptées au rythme de vie des patients aujourd’hui. Beaucoup ne pouvant pas se permettre d’effectuer une analyse poussée et approfondie pendant 6 mois, 1 an voire 2… Certains ont besoin d’aide rapidement et leur apporter cette aide ne signifie pas qu’on nie la nécessité d’analyse ultérieure.

Être comportementaliste ne signifie pas adapter les expériences de Pavlov à des patients en agitant un susucre ou une clochette. Et être psychanalyste ne signifie faire s’allonger les patients sur un divan en leur demandant de parler de leur caca et de leur père quand ils avaient 4 ans…

Vous voyez donc que la pratique intégrative ne consiste aucunement à travailler derrière un magma, un flou théorique indistinct, il s’agit de tout le contraire. Cette pratique consiste à prendre « le meilleur » des orientations et d’en faire une base solide, stable et complète pour une prise en charge adaptée à chacun des patients.

Ce qui me dérange et l’une des raisons pour lesquelles je souhaitais aborder ce sujet ici, n’est pas tant le manque d’informations par les praticiens de la psychologie sur cette pratique, après tout on ne peut pas tout savoir. Non, ce qui est problématique et révélateur, c’est bien la critique observée sur cette pratique par des praticiens ignorants de ce qu’elle est et apporte, mais aussi que ces mêmes praticiens préfèrent donc critiquer une pratique qu’ils ne connaissent pas pour retourner à leur éternelle « guerre des chapelles ».

Ce terme de « guerre des chapelles », pour ceux qui me lisent et connaissent le monde de la psychologie en général, comprendront vite ce que j’entends par là… Pour les autres, je m’explique.

Comme je viens de l’évoquer ci-dessus, le principe de la pratique intégrative est d’associer différents courants théoriques (en substances hein, je vais pas vous refaire toute l’explication). Pour ceux qui ne souhaitent pas associer ces dits courants, on observe depuis très longtemps maintenant une guerre entre praticiens et principalement entre les psychanalystes et les comportementalistes.

J’ai eu la « chance »? d’observer des comportements dignes d’enfants de CP et ce de la part de maîtres de stages ou de collègues (que j’estimais beaucoup).  J’ai vu des personnes pourtant très calmes et sereines exploser après leur avoir expliqué que je voyais un intérêt certain à la pratique comportementaliste (ces personnes étant des psychanalystes, précisément Lacaniens). J’ai vu une maître de stage, pourtant ouverte d’esprit, singer avec grossièreté un psychanalyste et imiter un discours empreint de clichés et de stéréotypes sur la représentation paternelle.

Je mets en évidence ici les deux discours car aucun n’est à victimiser, aucun n’est à porter en martyr puisque aucun ne fait actuellement l’effort d’accepter l’autre. J’ai conscience que tout les praticiens ne sont pas ainsi et que beaucoup sont donc ouverts d’esprit. Cependant, cette observation, entamée depuis le début de mon cursus, soit il y a 7 ans, se poursuit encore aujourd’hui sur les courants de façon générale.

Cette guerre a pour objectifs une dévalorisation constante des professions considérées comme adverses, ne faisant ainsi qu’alimenter ce conflit. Et cela est tout sauf productif, lorsque j’étais encore à la fac, un de mes enseignants m’avait demandé mon orientation, après lui avoir expliqué ce dernier me répond: « vous êtes donc pour la paix des ménages si je comprend bien? » « – Oui tout à fait », « Vous avez tord car nous sommes en guerre et il est temps de nous défendre » (Ah bah oui c’est sûr que dit comme ça…)

Les professionnels de la psychologie passent tellement de temps aujourd’hui à se tirer des balles dans les pieds qu’ils ne cherchent plus à faire autrement, à vivre ensemble, à s’accueillir et s’accepter. Ce qui in fine pourrait avoir comme conséquences une union, une solidarité interprofessionnelle capitale pour une meilleure considération de notre profession aux yeux de l’État et des organismes qui régissent notre travail… Bien sûr ici je n’évoque que les psychanalystes et les TCC parce qu’il s’agissait de l’exemple le plus prégnant, cependant il existe une multitude d’autres orientations qui disposent d’intérêt certain pour une pratique complète.

En conclusion, si je devais résumer ce texte en quelques mots. Je suis psychologue, clinicienne, humaniste, psychanalyste, comportementaliste etc… Je suis psychologue intégrative. Je considère avoir ma place, non pas dans un, mais dans plusieurs courants théoriques. Et je pense sincèrement que refuser ces divergences et l’évolution professionnelle appelle à la suffocation de notre profession. Une suffocation provoquée par les attaques internes incessantes des praticiens entre eux, parce qu’on aura pas été capable de s’associer et de faire avec les autres et surtout faire avec l’Autre…

Réveillez vous, nous ne sommes pas en guerre. » Iris Marceau

 

 

 

 

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